Quatre membres de la Fédération de football du Togo ont démissionné, jeudi, de leurs fonctions. Ils entendent, par leur action, pointer du doigt les disfonctionnements avérés au sein de l’instance footballistique. Des départs qui sont le fruit d’une crise interne profonde, dont le point de départ a été la question des primes des joueurs togolais pendant la Coupe du Monde.


Louise Simondet

L’orage gronde au sein de la Fédération Togolaise de Football (FTF) et n’est pas prêt de s’arrêter… Bon nombre de Togolais exigeaient depuis le Mondial 2006 la démission de toute la fédération. Leurs voix ont été entendues… Au cours d’une conférence de presse tenue à Lomé jeudi dernier, quatre hauts représentants de cette institution ont remis leur lettre de démission. Crise de confiance et surtout disfonctionnements internes, M. Winny Dogbatsè et Théodore Kodjo Amégnran, respectivement premier et deuxième vice-présidents de l’association, Espoir Komlan Assogbavi, secrétaire général et Tino Edoé Adjété, trésorier général ont claqué la porte du Bureau dirigeant. Par cette action, ils entendent signaler leur mécontentement vis-à-vis de Rock Balakiyem Gnassingbé, actuel président de la FTF. Ils lui reprochent « le pilotage à vue comme méthode de travail, au mépris des statuts et des règlements de l’instance dirigeante du football togolais », rapporte l’AFP. Un geste fait pour sauver « l’honneur » du football togolais.

« Les primes de la colère »

Après l’esclandre du Mondiale 2006, nombreux étaient les supporters à demander la tête des responsables de la FTF. La guerre des primes qui a embrasé toute l’équipe des Eperviers et mis à mal l’image de la fédération avait suscité colère et mécontentement. Point de départ du scénario chaotique : la prime de qualification demandée par les joueurs. Ceux-ci réclamaient 101 millions de francs CFA, ramenés plus tard à 80 millions. La FTF leur en proposait quatre fois moins. De l’huile sur un feu déjà ardent. Les joueurs, insatisfaits, avaient menacé de boycotter entraînements et matchs. C’est la Fédération française de football association (FIFA) qui avait mis un terme à la polémique en négociant avec les joueurs et l’instance. Une enveloppe de 50 millions de francs CFA donnée à chacun des Eperviers avait clos le débat.

Trois matches, trois défaites en Coupe du Monde, un scandale public pour les primes. La mixture était trop indigeste et les conséquences devaient arriver. Face à cette situation de crise, M. Assogbavi n’y va pas par le dos de la cuillère. « C’est l’improvisation, l’impréparation et l’amateurisme au sein de l’organe dirigeant qui a conduit à ce désordre en Allemagne », a-t-il déclaré à l’AFP. Il a ajouté : « Le bon sens recommande une démission en bloc du bureau de la fédération ». Son souhait a été exaucé. Ils étaient cinq sur la ligne de départ, mais finalement, M. Dabou Gerson a décidé de garder ses fonctions de manageur de l’équipe nationale du Togo.

« Ils espèrent que leur démission aura de l’impact sur la Fédération, rapporte Augustin Anega, directeur de l’hebdomadaire Global Sport. Ils veulent changer le fonctionnement actuel de la fédération. Ça ne pouvait pas durer. Ils entendent dénoncer l’opacité dans la gestion des fonds. Le trésorier n’a aucun droit sur la gestion de cet argent. C’est le président de la FTF qui ordonne et exécute les dépenses. Ce n’est pas normal ». Le manque de moyens et de communication intervient aussi dans cette décision.

Le président toujours sur la sellette

Face à ces plaintes et pour calmer les tensions, mea culpa et explications du président de la fédération togolaise de football, Rock Gnassingbé. Celui-ci a avoué que le problème de prime avait perturbé l’équipe togolaise, mais que les prestations des joueurs n’avaient été en rien ridicules, rapporte l’AFP. Quant à son éventuel démission, il l’a balayé d’un revers de la main : « Si on était revenu avec des scores vraiment lamentables, j’aurais pris d’autres décisions ». Il lâche vis-à-vis des quatre responsables qui font leur valise : « Je ne les comprends pas ».

Des idées de départ ? Le président de la FTF n’y pense pas. « Son statut lui laisse de la latitude. Il est presque intouchable. C’est le frère du Président actuel Faure Gnassingbé », rapporte Augustin Anega. Depuis vendredi, ces déboires font les choux gras de la presse togolaise. A la Une, la plupart des journaux togolais relayent l’information. Le retrait de ces quatre hauts représentants a été « accueilli favorablement et qualifié d’acte de courage par la population ». Pourtant, la polémique est loin d’être éteinte : « Ces quatre démissions n’ont pas calmé la population qui souhaite toujours la démission du président ou du moins, la tenue d’une assemblée générale extraordinaire pour prendre les décisions qui s’imposent », souligne Augustin Anega. Le feuilleton n’est pas prêt de s’arrêter…