Maroc : Halilhodzic dénonce des choix “politiques”

Dans une longue interview pour le média bosnien N1, Vahid Halilhodzic, l’ancien sélectionneur de l’équipe du Maroc, est revenu en long et en large sur son éviction du banc des Lions de l’Atlas, quelques mois avant la Coupe du Monde en 2022.

Le 11 août 2022, soit exactement 131 jours avant le coup d’envoi du Mondial au Qatar, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) décidait de se séparer de Vahid Halilhodzic pour confier plus tard les rênes de la sélection à Walid Regragui. Après la Côte d’Ivoire en 2010 et le Japon en 2018, c’était la troisième fois que l’entraineur bosnien était limogé après avoir qualifié une sélection pour la plus grande compétition de football au monde. Cette fois en raison de sa volonté de s’opposer à l’ingérence des dirigeants, notamment dans le choix des joueurs sélectionnables pour disputer le tournoi planétaire.

Ziyech, la pomme de discorde

« C'est le genre de travail qui dure des années, et à chaque fois, il arrive que quelqu'un prenne la relève de ce que j'ai créé. Je vais vous dire ce qui s'est passé. Je ne voulais pas accepter que les dirigeants des fédérations de football me disent 15 jours avant la Coupe (du monde, ndlr) quels joueurs joueront et lesquels ne joueront pas », a révélé le technicien de 70 ans, en référence à Hakim Ziyech qu’il avait décidé d’écarter pour motifs disciplinaires, malgré la pression la FRMF.

« Pouvez-vous imaginer que je laisse de côté un joueur avec lequel je me suis qualifié pour la Coupe du monde et que je prenne celui qui me crée des problèmes en permanence ? Lorsque j'ai pris la décision, je me suis demandé ce que je ressentirais. (…) Ce n'est pas une question de sport. C'est une question de fierté. Cela me dérangerait. Je sais ce que j'ai ressenti lorsqu'on m'a fait du tort dans l'équipe nationale de mon ancien pays (la Yougoslavie, ndlr), à quel point j'ai eu du mal à l'accepter. Je savais que j'étais meilleur que les autres, mais d'autres jouaient. J'ai eu du mal à l'accepter », s’est défendu « Coach Vahid ».

« Les sponsors voulaient être les seuls à décider, les politiciens aussi. Ils ne pouvaient pas m'influencer. J'ai toujours été d'avis que c'était à moi de choisir avec mon équipe, parce que c'est nous qui avons fait le succès et que j'étais contre le fait que quelqu'un d'autre prenne la décision, a souligné l’ancien technicien du FC Nantes qui ne craignait manifestement pas le retour de bâton. Cependant, ce sont eux qui décident de moi, ce sont les patrons, vous êtes un petit poisson, ils ne font que vous retirer. D'accord, ils vous paient aussi pour cela, mais jouer une Coupe du monde ? Il n'y a pas d'argent qui puisse rembourser cela. »

« Il faut aussi faire de la politique»

« Quand vous êtes entraîneur dans un club ou une équipe nationale, vous devez faire tout ce que vous pensez être bon, afin de ne pas le regretter plus tard. (…) Je ne regrette rien de ce que j'ai fait. Ils (au Maroc) n'étaient pas contents, ils étaient bien trop contents des résultats. Je pensais que la crédibilité d'un entraîneur se construisait surtout par les résultats, mais aujourd'hui, il faut aussi faire de la politique. Pour moi, l'aspect sportif reste le plus important », a-t-il ajouté.

Comme si le sort s’acharnait sur lui, le technicien, libre depuis sa rupture de contrat avec le Maroc, dit avoir vécu un traumatisme. « C'est un cycle qui dure quatre ans, mais quelqu'un vous enlève cela (…) Aucun entraîneur n'a réussi à emmener quatre équipes à la Coupe du monde et à la rater trois fois. C'est un traumatisme difficile à avaler et à accepter. Même en tant que joueur, j'ai vécu la même chose. Je voulais devenir le meilleur buteur de la Coupe du monde, pour avoir une véritable affirmation, mais cela n'est jamais arrivé. J'ai donc des traumatismes qui me font mal, mais la vie continue. Pour l'instant, je suis en bonne santé, mais tout ce qui s'est passé dans ma vie et dans ma carrière a probablement affecté ma santé », a-t-il notamment avoué, alors qu’il a désormais pris toutes ses distances avec le football marocain.

« Certains joueurs ont essayé de me contacter, parce qu'ils ne pouvaient pas s'exprimer dans les médias, pour faire des déclarations. C'est une question de politique. C'est comme ça que ça marche. Certains de mes anciens joueurs dans d'autres pays communiquent toujours avec moi, mais j'ai refusé de parler à qui que ce soit au Maroc », a expliqué le septuagénaire, toujours meurtri.

Maroc : Halilhodzic dénonce des choix “politiques”
Prudence Ahanogbe

Couteau suisse de la rédaction footballistique, je perce mon trou grâce au dépassement de soi. Sur mon versant gauche, un don indescriptible pour l’écriture, un peu comme Messi, et sur le versant droit, beaucoup de travail, à la Cristiano Ronaldo.