Dirigée par un comité de normalisation depuis juillet 2013, la Fédération camerounaise achève son retour à la normale le 29 novembre prochain avec l’élection d’un nouveau président. Pourtant, les incertitudes sur le futur de l’instance sont légion. D’autant plus que la FIFA veille au grain.



 Des candidats contestés

Entre contraintes financières et exigences de représentativité dans la composition de leur liste, cinq des six postulants au poste de président de la Fécafoot, dont Joseph Antoine Bell, ne respectent pas les conditions d’éligibilité et ont vu leurs candidatures invalidées par le comité de normalisation jeudi dernier. Lundi, ils ont rencontré Joseph Owona, président l’instance, afin de faire le point sur les éléments manquants pour finaliser leur dossier d’ici la date limite de mercredi.

Les candidats en ont profité pour remettre une lettre de griefs. Dans celle-ci, ils soutiennent que Tombi A Roko, seul candidat en lice, devrait être disqualifié de la course à la présidence. Ancien bras droit d’Iya Mohammed et surtout secrétaire général du comité de normalisation, il est accusé d’avoir créé « plus de 100 clubs fictifs » afin de « contrôler la base électorale« . D’autre part, sa participation à l’établissement du code électoral qui va régir l’élection lui procurerait un « avantage« . Les candidats éconduits lui reprochent aussi la présence dans sa liste de plusieurs dirigeants impliqués dans des affaires.

 Les nouveaux statuts invalidés

Outre le tohu-bohu entourant les prochaines élections, les nouveaux statuts de la Fécafaoot, adoptés le 23 août 2014, sont eux aussi dans l’œil du cyclone. Saisie par Abdouraman Hamadou, directeur de cabinet de l’ancien président Iya Mohammed, la Chambre de conciliation et d’arbitrage du Comité national olympique et sportif du Cameroun (CCA/CNOSC) a rendu son verdict le 30 octobre dernier, annulant « les résolutions adoptées au cours de l’assemblée générale du 23 août« .

Deux points font débat : d’une part, l’illégitimité de certains membres de la Fécafoot qui ont pris part au vote sur les nouveaux statuts alors que leur élection avait été annulée en 2013. Mais c’est surtout le pouvoir conféré par les nouveaux statuts au Tribunal arbitral du football (TAF) en cas de litige qui pose problème.

D’après les nouveaux textes, « en cas d’épuisement des voies de recours internes à la Fédération« , les plaignants peuvent se tourner soit vers le Comité national olympique et sportif du Cameroun, si les deux parties impliquées sont d’accord, soit, à défaut, vers le TAF. Or, la charte des sports, votée par l’Assemblée nationale camerounaise, prévoit que c’est le Comité national olympique et sportif qui est le seul juge en dernier ressort. Les deux textes sont donc en conflit.

 La FIFA vigilante

Alertée par Joseph Owona, la FIFA a répondu au comité de normalisation le 19 novembre dans une lettre signée par Jérôme Valcke, secrétaire général de l’instance dirigeante du ballon rond. « Nous tenons à vous rappeler que les associations membres de la FIFA sont tenues de gérer leurs affaires de façon indépendantes et sans aucune ingérence de tiers (…) faute de quoi elles peuvent être sanctionnées« , menace la FIFA.

La FIFA estime que ce sont les nouveaux statuts de la Fécafoot qui font force de loi et que le CNOSC n’avait donc pas à se prononcer sur la requête d’Abdouraman Hamadou puisque l’autre partie impliquée (la Fécafoot) n’avait pas donné son accord. Un argument battu en brèche par Abdouraman Hamadou qui soutient que « les nouveaux statuts adoptés de la Fécafoot ont été déclarés contraires à la loi. La Fécafoot est une association de droit camerounais et de ce fait, doit respecter la législation camerounaise« .

Au fond, deux visions s’opposent : souveraineté nationale contre souveraineté de la FIFA. Quelle que soit l’issue de l’élection du 29 novembre, c’est la Fécafoot qui risque de faire les frais de ce duel.