Guinée : anonyme en Europe, star en Asie, qui est Lonsana Doumbouya, le buteur du “PSG thaïlandais” ? 

« L'aventure en vaut la peine » disait le philosophe grec Aristote. Ce n’est sans doute pas Lonsana Doumbouya qui dira le contraire. L'attaquant franco-guinéen de 32 ans est devenu une véritable icône en Asie. Avec son club du Buriram United, il enchaîne les pions dans le championnat thaïlandais et se construit un palmarès impressionnant. Récit d'une carrière romanesque.

Lonsana Doumbouya le sait : il n'était pas un joueur fuoriclasse sur le sol européen. Sa carrière professionnelle a même mis du temps à décoller. Passé par Châteauroux et Guingamp dans sa jeunesse, il ne parviendra pas à passer pro dans l'hexagone. En trois saisons entre la N2 et la N3, il ne dispute qu'une poignée de rencontres (12) sans réussir à trouver la faille. Il signe alors à Seraing, en Belgique, sans faire la moindre apparition en équipe première. L'attaquant né à Nice va sur ses 22 ans, et sa carrière ne décolle toujours pas. Si beaucoup auraient déjà entamé leur reconversion, Doumbouya, loin d'être groggy, opte pour la persévérance. Quitte à repartir en bas de l'échelle.

En D3 belge à 22 ans

Il signe alors au Royal Cercle Sportif verviétois, en troisième division belge. Dans ce championnat de seconde voire de troisième zone, il fait enfin étalage de son potentiel : 32 matchs, 11 buts. Le Royale Union Tubize-Braine, qui évolue à l'étage juste au-dessus, vient le déloger. Bilan ? 2 saisons, 59 matchs et 19 pions. Pas mal. Le Cercles Bruges, toujours dans l'antichambre de la Jupiler Pro League, le recrute. Il y séjournera le temps d'une saison, confirmant son statut de solide joueur de D2 belge (31 matchs, 9 buts).

Il a failli jouer en Premier League

Après cinq ans dans le pays de la frite, Doumbouya, qui a déjà le goût du voyage, met le cap sur l'Ecosse. Le club d'Inverness, qui évolue en première division, a en effet jeté son dévolu sur le gaillard d'1 mètre 93. En l'espace de six mois, il facturera 6 buts en 20 matchs et connaîtra sa première cape avec l'équipe nationale de Guinée. Comme il le confiait récemment à nos confrères de So Foot, il suscitait à cette époque des convoitises, et pas des moindres : « En Écosse, j’étais un peu au sommet de ma carrière pendant quelques mois, j’étais le meilleur buteur du club, et des équipes de Premier League étaient intéressées. »

Malgré cette période faste, le buteur décide de changer d'air une nouvelle fois. Non sans regrets : « Du jour au lendemain, le coach est venu me voir en me disant : ‘ Bon, ça fait deux ou trois matchs que tu ne marques pas, tu vas passer attaquant numéro 2. ‘ Ça m’a dégoûté, je ne comprenais pas. Sans jouer, je me disais que je ne serais plus appelé en sélection guinéenne. J’ai décidé de partir en Autriche, à Sankt Pölten, où ça a été une catastrophe. J’aurais peut-être dû me montrer plus patient, rester au club et persévérer. Je me suis trop précipité. »

Enfermé en Chine pendant 20 jours

Après cette expérience ratée en Autriche, Lonsana prendra sans doute la meilleure décision de sa carrière : exporter son talent à près de 9000 km. Avec sa nouvelle écurie de PT Prachuap, en première division thaïlandaise, le baroudeur mettra tout le monde d'accord : 26 matchs, 16 buts. Le pays du sourire lui allant bien, il rempile pour une seconde saison, cette fois sous la liquette du Trat FC. Il terminera meilleur buteur du championnat avec 20 pralines en 28 apparitions. Costaud.

Lors de l'exercice suivant, marqué par le Covid-19, il subira de plein fouet l'épisode sanitaire qui a secoué la planète entière. Alors qu'il évolue cette fois en D2 chinoise, au sein du Meizhou Hakka, son mental sera mis à rude épreuve : « C’était une catastrophe. J’ai vécu le pire de l’épidémie là-bas. On a eu le premier joueur de foot pro positif dans notre club, ça a fait le tour du monde. Toute l’équipe a été mise en quarantaine dans un hôpital, on était fermés de tout, c’était assez choquant. C’est sûrement le moment le plus difficile de ma carrière. On a été enfermés pendant 20 jours dans une chambre, seuls, sans pouvoir sortir. Le plateau-repas était délivré devant la porte, on avait zéro contact, même pas de wifi. C’était un coup à devenir fou. » Côté football en revanche, les performances de Doumbouya l'aventurier sont loin d'être mauvaises : 18 buts en 28 matchs. Les sirènes de la Chinese Super League s'ouvrent alors à lui. Sous les couleurs du Shanghai Shenhua, ancien club d'un certain Didier Drogba, il plante 4 buts en 13 rencontres.

La consécration en Thaïlande

Après deux saisons hors du sol thaïlandais, il décide de revenir dans le pays du piment. Sous la tunique de Buriram United, que l'on peut aisément considérer comme le PSG thaïlandais tant le club rafle tout sur son passage, il remporte la Thai League 1 2022-2023, la Coupe de Thaïlande et la Coupe de la Ligue. Vierge de tout palmarès jusqu'à présent, il vient, à 32 ans, de remplir l'armoire à trophée. Et de quelle manière ! Avec 14 buts inscrits lors de ses 20 parties disputées avec les Bleu et Noir, ce serait une lapalissade de dire qu'il est devenu une idole locale. Et un joueur très respecté dans le championnat thaïlandais. De quoi être rassasié ? Que nenni. « Je pense que je suis en train de faire quelque chose de bien en Asie, je veux continuer à écrire cette histoire. J’ai envie de rester sur ce qui marche, je suis encore sous contrat jusqu’en 2024 à Buriram. J’ai encore des objectifs personnels et pourquoi pas aller chercher un nouveau triplé ! » affirme l'attaquant star du club de la petite ville d'à peine plus de 28 000 habitants. Qu'il semble loin, le temps des rejets en France et de la D3 belge…

Bientôt de retour avec le Syli ?

Malgré toutes ces pérégrinations, le colosse n'en oublie pas ses origines. L'équipe nationale de Guinée, avec qui il n'a glané que deux petites capes en 2016, reste la seule ombre au tableau venant ternir ce parcours idyllique : « Mon seul regret, c’est de ne pas avoir plus joué en sélection. Je n’ai pas eu ma chance pleinement avec la Guinée, des promesses n’ont pas été tenues. Si demain la sélection m’appelle, je répondrai présent. » Le choix appartient à Kaba Diawara, actuel sélectionneur du Syli National. Si la concurrence est rude dans le secteur offensif (Guirassy, Bayo, Guilavogui, Kamano, Kanté, Camara…), donner une nouvelle chance à Doumbouya serait loin d'être une aberration tant le joueur excelle loin des terres qui l'ont vu grandir. Quand le dicton « nul n'est prophète en son pays » prend tout son sens…

Guinée : anonyme en Europe, star en Asie, qui est Lonsana Doumbouya, le buteur du “PSG thaïlandais” ? 
Anthony Olivier

Explorateur et gratte-plume du football africain, j'aime brosser le portrait des nouvelles pépites du continent.