Le Béninois Bonaventure Coffi Codjia, 35 ans, est arbitre international depuis 8 ans. Sélectionné pour sa première Coupe du monde en Corée et au Japon, il revient sur son aventure au pays du Soleil Levant.


C’est la première fois qu’un arbitre béninois est sélectionné pour une Coupe du Monde. En juin dernier, Bonaventure Coffi Codjia, 35 ans dont 8 d’arbitrage international au compteur, a fait parler de lui. Il a été accueilli en héros à son retour à Cotonou. Les raisons d’un succès.

Afrik : Quel bilan tirez-vous de votre première participation à une Coupe du monde ?

Bonaventure Coffi Codjia : Je suis très satisfait car j’ai beaucoup appris. J’ai pu acquérir de nouvelles techniques pour m’entraîner, m’enrichir auprès d’arbitres internationaux de renom. C’est très bénéfique pour un jeune arbitre comme moi ! Nous étions 36 arbitres et 36 assistants, continuellement ensemble pour travailler. Venant du Bénin, c’était important de rencontrer les grands noms de l’arbitrage européen.

Afrik : Y-avait-il d’autres arbitres africains ?

Bonaventure Coffi Codjia : Nous étions cinq mais je suis le seul avec l’Egyptien Gamal Gandour à avoir été parmi les 16 arbitres internationaux qui ont terminé la compétition. Ce fût un vrai plaisir pour moi.

Afrik : La Turquie a refusé votre arbitrage lors de son match contre le Costa Rica, vous jugeant sans expérience. Pourtant, la Fifa vous a soutenu et vous avez arbitré la rencontre. Comment avez-vous vécu ce moment ?

Bonaventure Coffi Codjia : Avant le match, j’étais très calme. La seule manière de prouver que j’étais à la hauteur, c’était de bien officier la rencontre. Et c’est ce que j’ai fait. Je suis resté concentré et j’ai su tirer mon épingle du jeu. L’expérience a été positive car j’ai relevé le défi et prouvé que j’étais capable d’arbitrer à n’importe quel niveau. Pour être honnête, c’est l’un des matches les plus faciles que j’ai eu à arbitrer. J’ai eu tellement de rencontres bien plus difficiles dans ma carrière !

Afrik : Le niveau de jeu de la Coupe du monde était-il très différent de celui que vous connaissez en Afrique ?

Bonaventure Coffi Codjia : Le football africain a beaucoup progressé ces dernières années. Pour moi, il n’y a pas de différence entre le jeu pratiqué lors de la Coupe d’Afrique des nations et celui pratiqué à la Coupe du monde. En Corée, j’étais très à l’aise. Lors de la Can, j’ai arbitré la demi-finale Nigeria-Sénégal. C’était un match de très haut niveau, de niveau mondial.

Afrik : A votre retour, vous avez été accueilli en vainqueur à Cotonou…

Bonaventure Coffi Codjia : Le même accueil que pour une équipe de foot ! Les gens m’ont reçu d’une façon extraordinaire et je ne m’y attendais pas. Je me suis rendu compte que les Béninois étaient vraiment fiers de mon travail en Corée et au Japon. J’ai été très surpris mais cela s’explique simplement : je suis le premier arbitre béninois à participer à une Coupe du monde, c’est normal que les gens s’y intéressent.

Afrik : Cela a-t-il changé votre vie ?

Bonaventure Coffi Codjia : Je ne passe plus inaperçu. Quand je marche dans la rue, les gens me saluent, m’interpellent, me félicitent, ce qu’ils ne faisaient pas avant. Pour moi, c’est exceptionnel. Mais pour ma carrière, je ne pense pas que cela va changer grand chose. Se retrouver parmi les grands arbitres internationaux est une chose, y rester en est une autre ! Je dois encore beaucoup travailler pour être digne de la confiance que les dirigeants de la Confédération africaine de football ont mis en moi.

Afrik : Combien y a-t-il d’arbitres internationaux au Bénin ?

Bonaventure Coffi Codjia : Il y a six arbitres internationaux et sept assistants. Mais la discipline n’est pas professionnalisée. Nous avons tous un métier à côté qui nous permet de vivre. Pour moi, l’arbitrage est une passion qui me prend beaucoup de temps, heureusement mon patron, un fan de football, est compréhensif ! Il y a une école des arbitres avec un examen tous les deux ans. Je participe d’ailleurs régulièrement aux cours. Il faut passer les grades : district, ligue, fédéral. C’est parmi les fédéraux que l’on choisit les internationaux.