La saison catastrophique de l’Olympique de Marseille n’a pas épargné cet élégant attaquant ivoirien. Amplement critiqué, il inscrit le but du rachat face au PSG. Serein dans l’adversité, l’homme se montre aussi placide lorsque le succès revient. Portrait.


S’il y un joueur à l’image de son club, c’est bien Ibrahima Bakayoko. L’Ivoirien a en commun avec l’Olympique de Marseille (OM) un potentiel inexploité, une mauvaise saison et un ardent désir de revanche. Le visage a quelque chose de Sidney Poitier : regard franc, mâchoires carrées, le sourire facile qui respire la confiance en soi. Le tout aidé par un physique d’athlète. Porté par une carcasse de 80 kilos sur 1,82 mètres, le maillot bleu et noir de l’OM a encore plus d’allure. De la classe même. Le natif de Séguéla avait été recruté par l’entraîneur de l’OM, Roland Courbis, pour un poste de titulaire au sein d’une attaque phocéenne – déjà – en panne d’inspiration. C’était en juillet 1999. Depuis, une saison catastrophique, le départ de Courbis, la fronde des clubs des supporters, l’OM a offert en spectacle l’étendue de ses dissensions et une formation qui a vécu des remaniements en cascade, sans pour autant réussir à renouer avec le cycle des performances.

A l’image de son club

Exemplaires, les trois dernières rencontres disputées par l’Olympique de Marseille. Un bon résultat à Lyon (1-1), l’équipe en forme du championnat français. Une victoire 1-0 à domicile, face à l’ennemi de toujours, le PSG, qui n’a plus battu les Marseillais chez eux depuis 13 ans. Mais entre temps, une défaite humiliante en 16e de finale de la Coupe de la Ligue (1-0). L’OM est quatorzième au classement général. A un point du premier relégable.

Bakayoko suit le parcours chaotique et contradictoire de son club. En huit mois, il n’a pas inscrit un but. Sa place de titulaire ne lui a jamais été réellement accordée affirment ses défenseurs. Et des détracteurs, justement, il en a. A commencer par Bernard Casoni qui a clairement manifesté son souhait de se séparer de ce jeune attaquant qui a fait ses classes à Abidjan, puis à Montpellier et Everton (Grande Bretagne). Qu’importe, Bakayoko ne se départit pas de son moral d’acier.

Le nouvel entraîneur de l’OM, Javier Clemente jure qu’il jugera sur pièce. Entré à la 71e minute, face au PSG, Bakayoko met trois minutes à convaincre le coach espagnol. Sur une passe lumineuse de son complice Georges Weah, il prend le gardien Letizi à contre-pied, offrant à l’OM une prestigieuse victoire. Le stade Vélodrome exulte. Bakayoko garde le même sourire serein qu’il arborait par temps d’orage. A la presse il déclare :  » Cela va peut-être vous étonner, mais je n’ai jamais douté. » Il a pour lui le soutien du libérien Georges Weah, sa famille et ses performances sous le maillot national : avec cinq buts inscrits, Ibrahima est en effet le meilleur buteur africain des phases préliminaires de la Coupe du Monde 2002, faisant jeu égal avec le fulgurant Patrick Mboma.