Aux joueurs de l’équipe des Black Stars,

Votre défaite à l’issue de ce match épique contre l’Uruguay a dû vous briser le cœur vendredi dernier. Il n’y a pas d’autre manière de le dire et nous sommes des millions à avoir ressenti la même chose.

Pendant un court instant, ma réaction à ces dernières minutes de drame a été : « Quelle injustice ». Mais quand bien même vous avez perdu le match sur le terrain, vous sortez vainqueurs de cette aventure. C’est à ce titre que je voudrais vous féliciter : non seulement vous pouvez être fiers de cette performance remarquable, mais vous pouvez également vous glorifier d’avoir accepté la défaite avec dignité. Vous sortez vainqueur du jeu parce que vous êtes de grands ambassadeurs du sport, mais aussi de toute l’Afrique.

Aucun autre événement ne me vient à l’esprit, durant lequel notre continent tout entier s’est uni de la sorte. Nos hôtes d’Afrique du Sud ont entonné « BaGhana BaGhana » à la place du fameux « Bafana, Bafana » et je suis certain d’avoir senti la terre trembler lorsque Muntari a marqué le but. Du Cap au Caire et de Dakar à Dar es Salam, une puissante clameur est montée, que même le son des vuvuzelas n’a pu égaler. Cette retentissante solidarité est un hommage à vous tous et un excellent présage pour l’Afrique, trop souvent représentée par les divisions et les conflits. Vous avez gagné parce que vous nous avez réunis, nous les africains.

Plus marquant encore, cette unité a dépassé les rivages de notre continent, des millions de non-africains vous ont aussi acclamés – un événement que l’on n’aurait jamais pensé possible il y a seulement quelques dizaines d’années. Je suis sûr que nous avons tous pensé, à un moment ou à un autre de notre existence, que le monde entier s’était ligué contre l’Afrique. Mais cette Coupe du Monde, et particulièrement votre dernier match, a montré une bonne volonté colossale envers notre continent. Vous avez gagné – nous avons gagné – parce que vous avez ouvert des millions d’yeux et de cœurs.

Le trophée que nous emporterons de cette compétition est celui de cet incroyable moment d’unité. J’aimerais que nous puissions le conserver et en faire usage plus largement, pour le développement de notre continent. Il n’y a pas de raisons d’attendre quatre ans le prochain moment de solidarité ; nous pouvons d’ores et déjà commencer à construire sur ce que vous avez créé.

Genève, le 6 juillet 2010

Kofi A. Annan, Président de l’Africa Progress Panel