Samuel Eto’o, l’attaquant fougueux du FC Barcelone, illumine le football mondial depuis quelques années, faisant oublier ses débuts difficiles dans le milieu du ballon rond. L’enfant de Douala, par sa réussite en Espagne et ses exploits en Coupe d’Afrique des Nations, s’impose comme le meilleur attaquant africain du moment et l’un des meilleurs du monde. Son parcours sinueux avant d’être sous les feux de la rampe mérite d’être évoqué.


Par Morad Ouasti

Impétueux Eto’o, c’est l’image que l’on a de lui. Il vocifère contre la presse, ironise sur le Real Madrid dès qu’il en trouve l’occasion, décrie le jury du Ballon d’or pour son classement, certes, qui ne reflète pas son niveau. Et sourit avec arrogance quand il apparaît dans les médias. Dans les esprits de beaucoup Samuel Eto’o rime avec super ego. L’itinéraire tortueux du Lion indompté qui lutte contre le Noma (une maladie infectieuse) en Afrique et qui, à deux reprises, dut quitter sa terre natale et son quartier de New-bell à Douala (Cameroun) pour réaliser son rêve – ressembler à Roger Milla – peut expliquer tant de caractère.

L’Espagne comme terre promise

Né le 10 mai 1981 à Nkon (Cameroun), c’est à l’âge de 14 ans que le goleador du Barça débarque à Avignon (France). Sans papiers, il ne peut ni aller à l’école ni jouer au foot. Après un bref passage à Paris chez sa sœur où il reste la plupart du temps cloîtré, il rentre au Cameroun et intègre l’école de football des brasseries du Cameroun à la Kadji sport academy de Douala, où il est repéré par les formateurs du club. Quelques mois plus tard il est à nouveau en France pour des essais au Havre, mais cette fois il repartira avec des papiers et un contrat avec le Real Madrid. Il a alors 15 ans.

Quand il arrive au Real Madrid, on oublie de venir le chercher à l’aéroport. Il comprend alors que la route sera longue avant d’arriver sur le devant de la scène footballistique mondiale. Il est rapidement prêté au club espagnol de deuxième division Leganes pour la saison 97/98 pendant laquelle il marque 3 buts en 28 matchs. Guss Hiddink, l’entraîneur madrilène d’alors, décide de le récupérer l’année suivante. Samuel Eto’o ne joue toujours pas, car l’entraîneur n’est pas toujours libre de ses choix. Il s’y sent bien, s’entraîne avec des grands noms du football, mais il veut lui aussi en devenir un. Le futur prodige décide de prendre le taureau par les cornes et déclare au Président du club qu’il veut jouer. Il est prêté au club de Majorque (Espagne) pour la saison 99/2000 où il inscrit 6 buts en 12 matchs. La même année le Lion indomptable remporte les Jeux Olympiques avec la sélection camerounaise. De retour à Madrid il ne joue toujours pas et retourne à Majorque. Il en gardera une aigreur envers le Real.

Le Lion toujours plus téméraire veut prouver qu’il est le meilleur. Il évolue sous les couleurs de Majorque de 2000 à 2004, quatre années pendant lesquelles il réalise 48 buts en 120 matchs et remporte une coupe d’Espagne en 2003. Au niveau international, il emporte la Coupe d’Afrique des Nations 2002 et joue la finale de la Coupe des Confédérations en 2003.

La revanche du Lion

Le Camerounais aimerait rester en Espagne mais regarde vers le championnat anglais et négocie avec Arsenal. C’est alors que le Président du FC Barcelone le contacte et signe un pré-contrat avec le Camerounais, ce dont le Real Madrid ne voulait pas entendre parler, en affirmant qu’il a besoin de Samuel Eto’o. L’incompréhension chez Eto’o est totale, mais son cœur est déjà catalan. Dès sa première saison (2004/2005) il inscrit 24 buts en 37 matchs au niveau national et 4 buts en 7 matchs au niveau européen. La même année, il est sacré champion d’Espagne et meilleur joueur africain 2004 pour la deuxième fois consécutive. Il est compréhensible que sa 10ème place au classement du ballon d’or 2005, remporté par son coéquipier Ronaldinho dont le jeune Camerounais est le meilleur partenaire, ait quelque peu heurté sa sensibilité, ce qu’il n’a pas omis de dire à la presse. Aujourd’hui Samuel Eto’o en est à 18 buts en 19 matchs avec le Barça et participe à la Coupe d’Afrique des Nations dont il est pour le moment le meilleur buteur avec 5 réalisations. Il s’impose comme le meilleur attaquant africain du moment faisant de l’ombre à l’Ivoirien Didier Drogba, lequel a toutefois réussi à qualifier son équipe pour le Mondial 2006.