La couverture du dernier numéro d'Afrique Football

Rassurés par leur première place au sein du groupe 3, les joueurs de l’équipe nationale ivoirienne rêvent déjà d’une qualification pour la phase finale de la Coupe du monde de football, prévue pour l’année prochaine en Allemagne. Pour les Eléphants, si ce rêve devient réalité, il y a de fortes chances pour que la Côte d’Ivoire, coupée en deux depuis un peu plus de deux ans, se réunifie.


De notre partenaire Afrique Football [[<*>Cet article est initialement paru dans AFRIQUE FOOTBALL N°138 de mars 2005, actuellement en vente en kiosques, où vous retrouverez également un grand dossier complet sur l’équipe nationale de football de la Côte d’Ivoire.]]

De nombreux observateurs avertis de la scène politique ivoirienne sont catégoriques : 2005 est l’année de tous les dangers en Côte d’Ivoire. Et pour cause. C’est cette année que devrait, selon la Constitution, avoir lieu l’élection présidentielle dans ce pays. Avec une grande inconnue : Alassane Dramane Ouattara. L’ancien Premier ministre, en exil en France, y prendra-t-il part ? Son exclusion de la course à la présidence en 2000, à cause du concept de l’ivoirité, serait à l’origine de la crise politico-militaire, qui a divisé le pays en deux parties en septembre 2002. Plusieurs accords politiques – Accords de Marcoussis, en janvier 2003 en France, Accords d’Accra III en 2004 au Ghana – ont été conclus par l’ensemble des acteurs de la crise. Avec pour objectif : recoller les deux morceaux. Peine perdue!

Les Eléphants : ambassadeurs auto-proclamés de la paix

Dans ce contexte politique extrêmement difficile, les Eléphants (l’équipe nationale de football) se croient désormais investis d’une mission presque divine : ramener une paix durable et définitive en Côte d’Ivoire. Ces ambassadeurs de la paix d’un genre particulier envisagent de dégainer, le plus rapidement possible, leur meilleure arme diplomatique : le Mondial 2006. « Si nous nous qualifions pour la phase finale de la Coupe du monde de football en Allemagne, cela redonnera du bonheur à tous nos compatriotes du Nord et du Sud, et cela pourra très probablement les réconcilier », assure Marco Ne. Et l’international ivoirien, sociétaire de Beveren en première division belge, d’ajouter : « Nous sommes bien conscients de notre responsabilité, et nous allons sérieusement mouiller le maillot, pour que notre pays se qualifie pour la première fois de son histoire pour une phase finale de Coupe du monde. »

Les joueurs de la sélection nationale ivoirienne sont déterminés à accomplir cette mission de réconciliation nationale, avant la présidentielle. «Les Eléphants peuvent effectivement atteindre leur objectif, c’est-à-dire réunifier la Côte d’Ivoire », assure Henri Michel. Et le sélectionneur de l’équipe nationale ivoirienne d’insister : « Mais pour y arriver, ils doivent garder les pieds sur terre, rester très concentrés et vigilants, et surtout négocier match après match, à commencer par la rencontre avec le Bénin à Abidjan, en mars.» Un sentiment partagé entièrement par les dirigeants de la Fédération ivoirienne de football. « Il y a quatre points d’avance sur le Cameroun à conserver, et il faut le faire avant d’arriver à l’avant-dernière journée des éliminatoires », estime Jacques Bernard Daniel Anouma. Et le président de la fédération s’engage résolument à fournir aux Eléphants tous les moyens financiers et matériels nécessaires pour maintenir l’écart avec les autres équipes du groupe 3, jusqu’au match contre les Lions Indomptables du Cameroun, en septembre à Abidjan.

Une préparation sereine des Eléphants

Dirigeants et joueurs ivoiriens savent que si un tel exploit est réussi, le ticket pour l’Allemagne sera quasiment acquis, et les acteurs de la crise politico-militaire pourront être condamnés à fumer le calumet de la paix, donc à taire leurs rancoeurs. Ils seront alors moralement et politiquement contraints d’organiser, en octobre, une élection présidentielle libre, transparente et ouverte à tous les Ivoiriens. « Si les Eléphants se qualifient, ce sera une formidable occasion pour tous les hommes politiques du pays – gouvernement, opposants et ex-rebelles – de présenter au monde entier une image positive, une image d’un pays réconcilié », pense Robert Nouzaret. Et l’ancien sélectionneur de l’équipe nationale ivoirienne de préciser : « La phase finale de la Coupe monde de football représente beaucoup sur le plan médiatique. »

En outre, en cas de qualification des Eléphants, le peuple ivoirien, avec ou sans la classe politique, va s’unir derrière son équipe. « Quand nous jouons, il n’y a pas de frontières entre le Nord et le Sud, il n’y a pas d’Ivoiriens du Nord, il n’y a pas d’Ivoiriens du Sud, tous les Ivoiriens nous soutiennent », confirme Marco Ne. Féru du ballon rond, ce peuple sait que la phase finale de la Coupe du monde de football est le rendez-vous des meilleures équipes nationales de la planète. Et si la Côte d’Ivoire veut participer de manière honorable à cette compétition de très haut niveau, elle devra se préparer dans une totale sérénité. Une telle sérénité est impossible, si le pays continue d’être pris en otage par les démons de la division. « Tous les Ivoiriens sont prêts à barrer la voie aux démons de la division pour permettre aux Eléphants de bien se préparer et de faire de leur participation à la phase finale de la Coupe du monde de football une vraie réussite », affirment Coulibaly, un Ivoirien de Bouaké (Nord du pays) et Charles, un Ivoirien de Yopougon (au Sud).

Par Gervais NITCHEU