Réel écueil sur lequel se brisent régulièrement les footballeurs africains désireux de rejoindre la Premier League, l’obtention d’un permis de travail anglais ne se fait pas sans difficulté. Cheikhou Kouyaté, Bertrand Traoré, Kenneth Omeruo, tous sont concernés à des degrés divers.


Quel joueur africain, ou plus généralement non-ressortissant de l’Union européenne, n’a jamais eu de difficultés pour obtenir un permis de travail afin d’évoluer dans le championnat anglais ? Adolescents, Yaya Touré et Alain Traoré auraient pu s’engager respectivement avec Arsenal et Manchester United s’ils avaient disposé du précieux sésame.

En 2010, Seydou Doumbia, alors âgé de 22 ans, était courtisé par les grosses écuries londoniennes après ses performances remarquées avec les Young Boys de Berne. Mais, en l’absence de permis de travail, l’attaquant ivoirien avait dû rejoindre la Russie et le CSKA Moscou.

Bien que très contraignant, le dispositif du permis de travail répond à plusieurs objectifs. Il s’agit avant tout d’une forme de protectionnisme mis en place pour éviter que des joueurs étrangers de seconde zone ne viennent « prendre la place » de jeunes anglais prometteurs dans les effectifs britanniques. Il vise également à s’assurer que les droits fondamentaux des travailleurs sont respectés.

Statut international

Pour obtenir le précieux sésame, tout joueur non-communautaire doit avoir disputé au moins 75% des matches internationaux « officiels » (hors amicaux) de sa sélection pour lesquels il était convoqué au cours des deux années précédant la signature de son contrat. Et ce n’est pas tout, l’équipe nationale en question doit également faire partie des 70 meilleurs pays du classement FIFA. Sinon niet… Des conditions draconiennes donc.

En cas de refus de l’agence de l’Immigration de délivrer un permis de travail, un recours existe néanmoins puisqu’il est possible de faire appel à une « commission composée de représentants des instances du football et de trois indépendants ». Celle-ci peut délivrer un permis de travail au joueur même s’il ne respecte pas les critères énoncés plus haut, sous réserve toutefois qu’il ait un « niveau exceptionnel et soit en mesure de contribuer significativement au développement du football de haut niveau en Angleterre ».

Prêts à l’étranger

Autrement dit, l’obtention du permis de travail est laissée à l’entière subjectivité de la commission. En 2006, le Nigérian John Obi Mikel, alors âgé de 19 ans, a été autorisé par l’organe à jouer pour Chelsea grâce justement à la « clause de talent », bien qu’il ne remplisse pas tous les critères requis.

Mais les clubs anglais et les joueurs ont appris à contourner à la situation. Ainsi, il n’est pas rare que les grosses écuries du Royaume dénichent de jeunes pépites, sur le continent africain notamment, assurent leur formation, avant de les prêter quelques saisons à l’étranger, autour de l’âge de 18 ans. Outre le gain en expérience engrangé grâce à ces prêts, la manœuvre vise surtout à permettre aux jeunes de passer suffisamment de temps dans le pays en question afin d’acquérir la double nationalité.

Les exemples Omeruo, B. Traoré, Kouyaté

A cet égard, l’Espagne, la Belgique et les Pays-Bas apparaissent comme des destinations relativement clémentes. En deux ans, il est possible d’acquérir la nationalité espagnole (trois ans pour la Belgique). Parfois, c’est le joueur qui fait lui-même le choix d’évoluer dans ces pays-là, en attendant de rejoindre la terre promise.

Cheikhou Kouyaté (Anderlecht) en sait quelque chose. Le défenseur international sénégalais a patienté pendant trois longues années avant de se voir remettre son passeport belge en début de mois. Il va maintenant pouvoir réaliser son rêve : rejoindre la Premier League où de nombreux clubs lui tendent les bras (Newcastle et Southampton notamment).

Pour d’autres, le parcours du combattant ne fait que commencer. Alors que José Mourinho désire ardemment les avoir à disposition, le Burkinabé Bertrand Traoré, 17 ans, et le Nigérian Kenneth Omeruo, 19 ans, prêté au ADO La Haye depuis un an et demi, ne remplissent pas les critères pour se voir délivrer le précieux sésame. Le Happy One a déjà fait savoir qu’il comptait demander une dérogation à la commission pour pouvoir aligner ces deux pépites, évoquant la clause spéciale de talent. Dans la famille Traoré, Bertrand aura-t-il plus de chance qu’Alain, son frère aîné ?