Le célèbre consultant anglais Ron Atkinson a dû démissionner, mercredi, de la chaîne ITV. Motif : il a proféré une insulte à caractère raciste contre l’international français d’origine ghanéenne Marcel Desailly, après la défaite, mardi, de Chelsea face à Monaco. Certains estiment que cette affaire pourrait mettre en lumière le racisme dans le football britannique.


« Putain de fainéant de nègre ». C’est ainsi que le consultant anglais de football Ron Atkinson a qualifié, mardi soir, l’international français d’origine ghanéenne Marcel Desailly, après la défaite de Chelsea (1-3) face à Monaco en demi-finale aller de la Ligue des champions. Le célèbre commentateur a démissionné, mercredi, de son poste chez ITV et a présenté ses excuses à l’offensé. Dans le monde du ballon rond anglais, d’aucuns estiment, sous couvert d’anonymat, que la déclaration de l’homme n’est pas le reflet d’un racisme latent. En revanche, certains soulignent que cette affaire aura au moins le mérite de mettre en lumière les problèmes raciaux dans le football britannique.

Double démission

Pour justifier son injure, Ron Atkinson, 65 ans, a expliqué qu’il était « très frustré à la fin du match », car il pensait que « Chelsea aurait pu gagner ». Il a donc fait part de son sentiment à Clive Tyldesley, un autre commentateur d’ITV. Petit hic, ils n’étaient pas seuls. Le commentaire a été capté et diffusé en direct par une chaîne du Moyen-Orient, mettant ainsi l’ancien entraîneur des prestigieuses équipes de Manchester United et d’Aston Villa dans une situation très peu confortable. Il a rapidement tiré les conclusions de ses paroles outrageantes et a présenté, mercredi, des excuses à l’attention de la personne « offensée » pour cette « faute stupide ».

Du côté de la chaîne, on précise : « Nous ne tolérons en aucun cas les commentaires en question, qui n’ont pas été diffusés par ITV dans le cadre de sa couverture du match, mais qui ont été faits après la rencontre, hors micro », rapporte l’Agence France Presse (AFP). Toutefois, ITV qualifie le commentaire de Ron Atkinson d’« écart de langage regrettable de la part d’un consultant respecté et expérimenté ». Un « écart » qui a laissé au média peu d’autres alternatives que de mettre fin à leur coopération, vieille de nombreuses années. C’est toutefois le fautif qui a pris les devants. « Nous en avons discuté avec Ron Atkinson, qui est atterré et désolé d’avoir offensé un joueur. Il a immédiatement présenté sa démission, qui a été acceptée », a expliqué mercredi le porte-parole d’ITV. Terminé, la télé, donc, mais aussi la presse écrite. Le contrat qui liait le quotidien The Guardian à l’ancien entraîneur n’a maintenant plus cours. Une séparation qui aurait été conclue au terme d’un « accord mutuel ».

Pas vraiment raciste

L’affaire fait grand bruit, mais certains estiment que Ron Atkinson n’est pas vraiment raciste. « Ses propos sont inacceptables, inexcusables et inexplicables », souligne un porte-parole de la Commission pour l’égalité raciale (CRE), tout en précisant que, à son avis, « ce n’est pas parce qu’on utilise des termes racistes que l’on est forcément raciste dans l’âme ». Et de citer l’exemple de ses débuts de carrière. « Lorsqu’il entraînait l’équipe de West Bromwich Albian (1978-1981 et 1987-1998, ndlr) il a été l’un des premiers à faire jouer des footballeurs noirs. Et ce n’était pas chose facile : le racisme était très criant dans les équipes de football à cette époque. Les supporters insultaient les Noirs, jetaient des bananes sur le terrain ou faisaient des bruits de singe. »

Au sein de l’Association anglaise de football (FA), certains estiment, sous couvert d’anonymat, que Ron Atkinson n’est pas raciste. Mais ils soulignent que « le fait qu’il ait fait jouer des footballeurs noirs pratiquement avant tout le monde ne prouve rien, à part qu’il les considérait comme de bons joueurs qui pouvaient lui faire gagner des matchs ». Quant au premier concerné, Marcel Desailly, il a fait savoir par le biais de son club qu’il ne souhaitait pas faire de commentaire concernant cette affaire.

Le racisme dans le foot sous les projecteurs

Une affaire qui, selon la Commission pour l’égalité raciale, a le mérite de montrer que le racisme dans le football anglais est loin d’être de l’histoire ancienne. « Ce problème est notamment dû au manque de représentation d’autorités noires dans le milieu. Un quart des joueurs en Angleterre sont noirs, alors que seuls 4% des entraîneurs le sont », souligne le porte-parole de l’organisation.

Le CRE travaille actuellement avec les hauts dirigeants des clubs pour remédier à cet état de fait, pour que les incidents raciaux, comme celui qui a mis Ron Atkinson sur la touche, ne se reproduisent plus. Selon la Commission, l’ancien entraîneur a payé pour des mots que bien d’autres ont déjà prononcés, mais qui ont eu la chance de ne pas être pris en flagrant délit.