A 34 ans, Harlington Shereni est l’un des meilleurs joueurs de football venus du Zimbabwe. Le milieu récupérateur des Canaris a évoqué avec Afrik-Foot.com les chances africaines au Mondial, les difficultés du FC Nantes et les problèmes du football zimbabwéen.



Afrik-Foot.com : Harlington, avez-vous suivi la Coupe d’Afrique des Nations ?

Harlington Shereni : Oui, bien sûr. Je dois dire que j’ai été bien surpris : je m’attendais à ce que les grosses équipes fassent mieux. Mais, dans le football, tout va très vite. Tout le monde peut surprendre tout le monde.

Justement, comment expliquez-vous l’échec des grosses cylindrées ?

Avoir des grands noms, c’est bien mais ça ne fait pas tout. Dans une compétition comme ça, il faut que les joueurs se connaissent bien, qu’ils jouent ensemble, en équipe. Regardez l’Egyte : il n’y a pas de secret. Les joueurs se connaissent, ils jouent ensemble tous les week-ends, il y a souvent des regroupements… C’est presque une équipe de club. Et voilà ! Ils dominent l’Afrique. Plus vous jouez en équipe, plus vous avez de chances.

Quelles sont les chances des équipes africaines à la Coupe du monde ?

Maigres, très maigres. Pour être honnête, je n’y crois pas du tout. Oui, elles ont toutes de grands noms : il y a Eto’o, Drogba, Essien… Mais, comme je l’ai dit, elles ne jouent pas en équipes. Pour gagner des matches, les grandes équipes ne s’appuient pas sur un seul joueur. Avec l’Espagne, le Brésil, l’Argentine, l’Italie… le danger peut venir de partout. A la limite, l’Afrique du Sud peut s’appuyer sur son public. Mais, à mon avis, c’est l’équipe africaine la plus faible.

C’est un tableau bien triste que vous nous dressez là…

Nous pourrons déjà nous réjouir d’avoir une équipe africaine en huitièmes de finale. Ce serait déjà bien. Nous, les Africains, nous devons réveillez. Nous ne sommes pas prêts à remporter une Coupe du monde. Dans quatre ans, peut-être. Pas maintenant.

« La fédération est tellement mal gérée »

Et le Zimbabwe dans tout ça ? Pourquoi avoir pris votre retraite internationale ?

J’étais fatigué. Il y avait toujours des problèmes dans la préparation : parfois, certains joueurs ne venaient pas parce que la fédération ne pouvait pas leur payer le billet. Les stages n’étaient pas toujours très bien organisés, on n’appelait pas tout le monde… Bref, après dix ans avec les Warriors, c’était trop. J’ai décidé de me concentrer sur mon club. C’était une très bonne expérience. Je me suis éclaté chaque fois que j’y allais mais, je commence à vieillir et entre les vols aller-retour, l’entraînement, les matches… Cela devenait dur.

Vous ne vouliez pas rester pour donner un coup de main ?

La fédération est tellement mal gérée que cela n’aurait servi à rien. Il n’y a pas de sponsors dans le football au Zimbabwe. Donc pas d’argent. Personne ne veut revenir. Pourquoi croyez-vous que des anciens joueurs comme Bruce Grobbelaar ou Peter Ndlovu… n’aient rien fait ? La tâche est trop difficile. Le Zimbabwe n’a pas d’argent alors celui qu’on a, on ne va pas le mettre dans le foot ! On aimerait bien aider à remonter le niveau du football zimbabwéen mais il faut l’argent et les joueurs. Il y a tellement de problèmes et d’abus que rétablir tout ça est insurmontable.

Vous avez 34 ans. L’heure de la retraite approche, non ? Que comptez-vous faire ? Entraîner ?

(rires) Ouh là, non. Certainement pas coach ! Je me encore donne 2 ans. Après, je pense que je vais rester en France. J’adore mon pays mais je suis depuis si longtemps en Europe que je ne peux pas m’imaginer ailleurs. J’ai mes amis et ma famille ici… Après, on verra. J’aimerais bien aider le Zimbabwe mais plutôt en permettant à de jeunes joueurs de venir en Europe. Dans le sud de l’Afrique, il n’y a pas beaucoup d’observateurs et, pourtant, il y a beaucoup de joueurs talentueux. J’ai les contacts, j’aimerais bien monter un centre de formation pour des jeunes qui ont le talent mais pas l’argent.

« Cette saison, il n’y a rien qui marche »

Que pensez-vous du groupe du Zimbabwe pour la CAN 2012 (Mali, Cap Vert, Zimbabwe, Liberia) ?

On a toutes nos chances. Sur le papier, le Mali est supérieur. Ils ont de très bons joueurs qui évoluent dans de grands clubs mais les autres équipes sont à notre portée. Le seul problème, c’est qu’il faut renouveler notre effectif. Beaucoup de joueurs qui évoluent en Europe ont pris leur retraite ou sont sur le point de le faire. Il n’y a guère que Benjani. Mais je pense qu’il va encore jouer pendant 2 ans et puis il faudra trouver des jeunes pour compenser.

Un mot sur Nantes. C’est une saison difficile pour vous.

Ouh là, oui. Nantes, c’est très très compliqué. Je n’ai jamais évolué dans un contexte si compliqué. Rien ne va. Il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Mais c’est aussi un sacré challenge : à la fin de la saison, il nous faut rester en Ligue 2.

Cela va quand même être compliqué…

C’est vrai que le contexte est difficile. Je ne suis pas capable de vous dire que l’on va gagner plusieurs match d’affilée. Pourtant, nous avons de très bons joueurs qui savent ce qu’ils ont à faire… Nous avons changé trois fois d’entraîneur mais cela ne change rien. Cette saison, il n’y a rien qui marche. Ce n’est peut-être pas le problème du coach, c’est peut-être les joueurs… Franchement, c’est impossible de mettre le doigt sur ce qui cloche. Les joueurs sont bons mais personne n’arrive à tirer dans le même sens. Nous faisons de notre mieux sur le terrain, à l’entraînement… Il nous faudrait juste une bonne série de trois au quatre matches !